Le projet Eco2Charge
-->
  • Quelles sont, en 2014, les grandes tendances sociales sur l’usage des véhicules électriques ?
    L’usage du Véhicule Electrique (VE) en France, à l’heure actuelle, est encore restreint et se fait surtout par le biais de flottes de véhicules en auto-partage, comme Autolib à Paris par exemple, ou en usage professionnel.

    Si l’on considère les chiffres mensuels d’immatriculation pour 2013 et 2014, pour l’ensemble des VE, particuliers et flottes, on constate cependant que les immatriculations annuelles toutes marques confondues sont de l’ordre de 8700, soit un peu plus de 700 VEs immatriculés tous les mois. Autrement dit, s’il n’est pas encore massif, l’usage du VE se diffuse progressivement dans la société.

    Les politiques de soutien par des subventions de l’Etat jouent certainement un rôle incitatif important, toutefois les recherches sur le sujet tendent à montrer qu’il s’agît encore largement d’une clientèle d’utilisateurs pionniers, ayant un attrait fort pour les technologies et l’écologie.

    Il est de ce fait encore trop tôt pour parler de tendances sociales, cependant les différentes recherches menées sur des groupes d’usagers, parmi lesquels les nôtres, semblent d’ores et déjà constater l’émergence de comportements particuliers et d’un espace social de l’usager du VE, en quelque sorte.

    Qu’il s’agisse de comportements de recharge en Allemagne, de règles sociales de politesse dans l’accès aux stations de recharge en Californie, des phénomènes sociaux propres se mettent en place chez les usagers de VE. Notre travail de chercheurs au sein d’Eco2Charge est de les identifier et tenter d’en comprendre les ressorts.
  • Quels sont les freins aujourd’hui à l’utilisation des véhicules électriques ?
    S’agissant de notre enquête au sein d’Eco2Charge, il est encore trop tôt pour être exhaustif. Toutefois, nos premiers résultats tendent à corroborer ceux de diverses recherches, études et expérimentations menées en Europe et aux Etats-Unis notamment.

    En bref, le frein principal qui est le plus souvent mis en avant et étudié se situe au niveau de l’autonomie. Cette question pose problème autant aux concepteurs de VE qu’à leurs usagers. En effet, il apparaît que même lorsque l’utilisation effective du VE correspond largement aux capacités du véhicule, l’autonomie demeure au cœur d’angoisses importantes pour les usagers, notamment néophytes. Cela entraîne des conséquences négatives, comme des recharges irrationnelles nocives en termes de consommation d’énergie, mais encore constitue un frein évident au développement des ventes de véhicules.

    Il est important de comprendre, comme de nombreuses recherches le montrent, que l’autonomie dans la perception des usagers, est une notion à la fois géographique, en termes de distance potentielle à parcourir, mais aussi temporelle, en termes de temps potentiel d’autonomie ou encore de temps de charge.

    On peut ainsi avancer que trois des principaux freins à l’utilisation du VE sont la capacité de la batterie du véhicule, la distance relative entre les points de charge et le temps de charge lui-même.

    Il convient d’adresser ces trois dimensions afin d’espérer réduire l’aspect anxiogène que génère l’alimentation du VE. De celles-ci découlent de nombreux autres points d’échauffement, que la recherche découvre progressivement.

    Qu’il s’agisse de la question des standards de prise de rechargement et de leur éventuelle harmonisation, de la mesure du véritable apport en termes d’écologie du VE ou encore des politiques de retraitement des batteries, les freins potentiels sont nombreux, et demandent une approche systémique, le VE rompant littéralement avec les conditions d’usage des véhicules qu’il entend remplacer.
  • Quelles réponses Eco2Charge apporte-t-il à ces freins ?
    Eco2charge s’adresse à plusieurs cibles d’utilisateurs :

    • usager
      • disposer d’une qualité de service de recharge en adéquation avec ses besoins
      • Réduire sa facture d’électricité en ajustant la charge en fonction des besoins
    • gestionnaire du site
      • Réduire la facture énergétique du site
      • Lisser la courbe de consommation et la pointe de puissance appelée
      • Valoriser ses flexibilités
      • Garantir la recharge et donc un service utilisateurs de qualité
      • Réduire les coûts d’investissement liés à un surdimensionnement du réseau
      • Minimier les impacts sur l’infrastructure (ex : moins de génie civil via le busbar Nexans)
    • opérateur de réseau
      • disposer d’offres de flexibilité grâce au stockage entre autres
    • la collectivité dans son ensemble
      • Répondre aux Agendas 21 avec une démarche de développement durable en contribuant au développement des véhicules électriques et en s’appuyant sur une économie circulaire
  • Comment concevoir une infrastructure de recharge de véhicules électriques sans impacter la facture énergétique du bâtiment ou de l’éco-quartier, et en répondant aux contraintes d’utilisation des véhicules électriques  ?
    Un système de recharge intelligent doit pouvoir s’appuyer sur plusieurs composantes :

    • Le prix de l’énergie
    • La disponibilité du véhicule au point de recharge
    • Les caractéristiques de l’abonnement (puissance souscrite) du bâtiment
    • Les sources énergétiques alternatives
    • Les contraintes de génie civil
    • L’analyse des usages des occupants et du comportement du bâtiment


    Capitalisant sur ces données, le système de recharge doit pouvoir utiliser différents leviers de flexibilité pour optimiser la facture énergétique, minimiser les impacts sur l’infrastructure et ce, tout en garantissant le niveau de service attendu par les utilisateurs de véhicules électriques : stockage de l’énergie, gestion de la recharge en puissance et dans le temps, gestion des priorités …
  • Comment diminuer le coût du stockage d’énergie, afin de le généraliser en France et en Europe ?
    Les batteries de Véhicules Electriques, réutilisées en stockage stationnaire dans les bâtiments, apportent une réelle opportunité pour démocratiser le stockage électrique d'énergie à faible coût, pour des usages au sein d'un immeuble ou d'un éco-quartier.

    Les caractéristiques spécifiques de ce système de stockage (modularité, les services de charge/décharge rapides d'énergie ...) ouvrent un potentiel important de services pour les infrastructures de recharge et la gestion intelligente de l'énergie.

    Les batteries de Véhicules Electriques auront plusieurs « vies » : d’abord dans les véhicules puis dans les systèmes de stockage d’énergie stationnaire. Ce cycle répond également aux attentes de l’économie circulaire qui consiste à utiliser le plus efficacement possible les ressources, tout en réduisant les impacts sur l’environnement et en maintenant notre niveau de bien être.

    La démultiplication des services liés au stockage de l’énergie doit contribuer à cette diminution tarifaire : gestion de la crête, compensation des déséquilibres produits par les sites industriels sur le réseau de distribution, stockage aux heures pleines, maximisation du taux de pénétration des ENR…

    D’une manière générale, le développement du concept de « BEPOS » doit contribuer à démocratiser la notion de bâtiment consommateur/producteur (« consom’acteur ») et donc faciliter l’intégration du stockage comme une ressource de flexibilité additionnelle.
  • Le projet est-il créateur d’emplois ?
    Oui, des emplois seront générés par :
    • les nouvelles activités de service envisagées (gestionnaire d’énergie sur site et multi-sites, gestionnaire de flexibilité de stockage, gestionnaire de parc de bornes…)
    • le potentiel du marché des infrastructures de recharge et des tableaux de pilotage intelligent des points de recharge
  • S’agit-il un projet sur la mobilité électrique ou sur les « Smart Grids » ?
    Dans le cadre du développement des « Smart Grids », le projet vise à contribuer au développement des véhicules électriques en facilitant son usage via une gestion intelligente du process de recharge répondant aux attentes des usagers.

    Cela signifie que les données en temps réel et de prévision relatives aux consommations et aux productions d’énergie renouvelable des sites sont agrégées et analysées par un gestionnaire d’Energie sur le site.

    Son objectif : dresser un profil de recharge des véhicules électriques optimisé, en fonction
    • De la consommation,
    • De la production
    • Des prévisions de consommation
    • Des données de prix provenant du marché électrique et des besoins des utilisateurs.


    Les voitures électriques sont donc rechargées :
    • Selon les besoins des utilisateurs,
    • Au meilleur moment de la journée (c’est-à-dire lorsque l’électricité d’origine renouvelable est disponible ou que le prix de l’électricité sur le marché est le moins cher, par exemple)
    • Tout en limitant leur impact sur la courbe de charge du site.
  • En quoi les sciences humaines et sociales, la sociologie en particulier, peuvent-elles contribuer à l’élaboration d’un projet plutôt technique ?
    L’utilisateur est un facteur primordial dans le potentiel succès d’une innovation. Toute technologie doit être comprise, acceptée et perçue comme adaptée à un besoin pour se diffuser. Aussi, via les réseaux sociaux, les utilisateurs deviennent véritablement acteurs de l’innovation, au niveau même de sa conception. Ils deviennent une ressource permettant une stratégie industrielle plus efficace et moins coûteuse. L’apport des sciences humaines et sociales tient donc prioritairement dans ces deux axes : récolter les expériences des utilisateurs pour adapter le système d’infrastructure et pour les associer à la racine même de son développement.
  • Dans les années qui viennent, les véhicules électriques et leurs batteries vont progresser. Les bornes de recharge et l’infrastructure que j’achète aujourd’hui seront-elles toujours adaptées demain ? Aurais-je toujours besoin d’une infrastructure aussi importante ou au contraire ne sera-t-elle pas sous dimensionnée ?
    Les véhicules électriques ont déjà presqu’atteint leur pic de performances, tant en rendement du moteur électrique qu’en poids du véhicule. En revanche, la batterie devrait voir à la fois son poids baisser et sa capacité augmenter.

    Les trajets quotidiens consommeront donc autant d’électricité demain qu’aujourd’hui. Les bornes électriques actuelles continueront à satisfaire les besoins de charge quotidienne de chaque véhicule. Elles auront toujours un impact modéré sur le réseau électrique et sur les bâtiments.

    Des bornes de recharge rapides seront déployées pour permettre des longs trajets.

    Cependant, une borne de recharge disponible sur le lieu de travail ou au domicile apporte plus de confort et permet de gagner du temps en limitant les trajets à la station service.

    L’infrastructure aujourd’hui déployée sera donc pérenne pour de nombreuses années.